Texte
Au bout de la perspective de Seythenex se plante, comme veillant sur le pays de Faverges, une église. Juchée d’un promontoire de pierre elle se dresse face au paysage et semble imiter les montagnes environnantes, éternelles. Contre son mur de soutènement se glisse un chemin bordé d’arbres, le long duquel on peu entendre les abeilles des ruches adjacentes annoncer le retour du printemps. Et on se lance dans la pente au milieu des troupeaux et des nuages.
C’est à ce contexte que nous avons souhaité répondre en imaginant une architecture qui viendrait dialoguer avec son environnement. À la massivité du mur, une structure filigrane qui se jette dans les nuages, un dispositif pour lier le ciel et la terre, capter l’eau de son atmosphère et donner une expérience des vertiges de la montagne. Une passerelle, mais un lieu de rencontre entre les plantes, les animaux et les hommes.
Les filets à brouillard sont des dispositifs déployées dans les régions arides fréquemment soumises aux brumes matinales, comme les montagnes. De grandes toiles poreuses à la structure tridimensionnelle sont tendues face au vent de manière à être traversées par les brumes. Notre projet vient ainsi récolter l’eau dans le but de faire pousser des fleurs et attirer les abeilles et animaux environnant. À l’instar des murs à pêches, il s’agit d’un dispositif paysager permettant d’assurer la résilience des jardins à des conditions climatiques difficiles, un catalyseur d’environnement qui favorise l’émergence et le développement de la vie.
Notre structure se déploie dans le paysage pour tendre cette toile face au vent. C’est une structure capable, on peut monter dessus, y accrocher un hamac, s’y mouvoir pour rencontrer le paysage. On longe la toile comme on longe le mur, l’éphémère dialogue avec le pérein. La passerelle se détache alors du sol pour rejoindre les montagnes, dont certaines nous apparaissent au travers de la toile. On s’avance et on entend le bourdonnement des abeilles. Le plancher s’est décollé du sol pour devenir un toit, sous lequel poussent des fleurs.
Capter le temps, c’est prendre des éléments de l’environnement proche et lointain pour en faire un jardin, se servir du climat environnant comme d’un allié.
Capter le temps, c’est prendre le temps de faire une pause au détour d’un chemin, de se mouvoir et d’éveiller ses sens à l’écoute d’un lieu.
Texte: Gaspard Lévèque
Ensemble
Projet en collaboration avec: Lancelot Senlis et Gaspard Lévèque
Avec la participation de: Pauline Boulogne, Paulin Darcissac, Clara Chaumerliac, Nicolas Wielgosik et Joseph Leloup
Remerciement: Philippe et Dominique ainsi que les équipes de La Soierie
Crédit photo: © David Foessel












